Archives / catégorie Lost in space

Walking on the moon ♫

8 novembre 2007, 12:11, par Odradek

Walking on the moon

Giant steps are what you take
Walking on the moon
I hope my legs dont break
Walking on the moon
We could walk for ever
Walking on the moon
We could live together
Walking on, walking on the moon

Walking back from your house
Walking on the moon
Walking back from your house
Walking on the moon
Feet they hardly touch the ground
Walking on the moon
My feet dont hardly make no sound
Walking on, walking on the moon

Some may say
I’m wishing my days away, no way
And if it’s the price I pay, some say
Tomorrows another day, you’ll stay
I may as well play

Giant steps are what you take
Walking on the moon
I hope my legs dont break
Walking on the moon
We could walk for ever
Walking on the moon
We could be together
Walking on, walking on the moon

Some may say
Im wishing my days away no way
And if it’s the price I pay, some say
Tomorrows another day, youll stay
I may as well play

— The Police, “Walking on the Moon”, 1979.

Gourmandise

18 octobre 2007, 14:28, par Odradek

Des figues extraordinaires comme on n’en avait jamais vu auparavant en ce lieu, avaient été apportées de Maréotis de Lybie à abba Jean, l’économe du désert de Scété, à qui le bienheureux prêtre Paphnuce avait confié le soin de l’administration de l’Église. Il les envoya aussitôt, par l’intermédiaire de deux jeunes gens, à un vieillard qui, à l’intérieur du désert, souffrait de mauvaise santé. Il demeurait à dix-huit milles de l’Église. Comme les jeunes gens se dirigeaient vers la cellule du vieillard avec les fruits qu’ils avaient reçus, un brouillard épais tomba subitement et leur fit perdre le droit chemin –ce qui, en cette région, arrive fréquemment même aux anciens. Divaguant pendant tout le jour et toute la nuit dans l’immense désert sans piste, ils n’arrivèrent pas à repérer la cellule du malade. Épuisés par la fatigue du chemin, le manque de nourriture et de boisson, ils rendirent leur esprit au Seigneur, à genoux dans l’office de la prière. Ensuite, on les rechercha longtemps en suivant la trace de leurs pas, qui laissent une empreinte dans ces lieux sablonneux, comme dans la neige, jusqu’à ce que souffle un vent léger qui les recouvre de sable fin. On découvrit qu’ils avaient conservé les figues sans les toucher, comme ils les avaient reçues, préférant rendre l’âme plutôt qu’abandonner le dépôt confié, et perdre leur vie temporelle que violer le commandement de l’ancien. (Cassien, Institutions cénobitiques, livre V, chapitre 40, 6-28)

Drunk astronauts

30 juillet 2007, 16:56, par Odradek

Haddock en apesanteurCAPE CANAVERAL, Florida (AP) — Astronauts were allowed to fly after flight surgeons and other astronauts warned they were so drunk they posed a flight-safety risk on at least two occasions, an aviation weekly reported Thursday.
CNN

Twentynine Palms

12 mai 2007, 21:03, par Tlön

Twentynine Palms Bruno Dumont 2003
Twentynine Palms (Bruno Dumont, États-Unis, 2003)

– C’est bon ?
– C’est pas bon… Mais c’est bon.
– Ah mais non. Je ne comprends pas. Tu dis des choses que je ne comprends pas.
– Mais il y a rien à comprendre.
– Bon.
– Bon… Tu fais la gueule?
– Non… Non, je ne fais pas la gueule. You know, I’d just like our conversation to have some sort of a logic to them because sometimes you say something than you say something else and I have no idea what you’re saying. It’s a completely dysfunctional conversation…
– Je t’aime.

» Notes d’intention du réalisateur (PDF)

Extraction

12 mai 2007, 14:27, par Tlön

GE-996

La Force discrète du tournant

3 avril 2007, 14:42, par Tlön

Gerry (Gus Van Sant)

— Admettez-vous cette certitude : que nous sommes à un tournant?
— Si c’est une certitude, ce n’est pas un tournant. Le fait d’appartenir à ce moment où s’accomplit un changement d’époque (s’il y en a), s’empare aussi du savoir certain qui voudrait le déterminer, rendant inappropriée la certitude comme l’incertitude. Nous ne pouvons jamais moins nous contourner qu’en un tel moment : c’est cela d’abord, la force discrète du tournant.

– BLANCHOT, Maurice (cité en exergue à l’«Introduction générale» de La Technique et le temps, Bernard Stiegler, Galilée, 1994, p.15).

» Voir également «So Many Gerrys», infra.

Space Travel is Boring

2 avril 2007, 13:05, par Tlön

Space Travel Elders

Won herself a pass to some far off moon
It was second class but whats to lose
And looking out her window she could more than assume
That you cant see air or time
Shes the only rocketeer in the whole damn place
They gave her a mirror so she could talk to a face
She still got plenty lonely but thats just the case
With time, time, time
Started hearing voices sometime in june
She knew she could go crazy but didnt think that soon
Now she doesnt feel lonely but shed just as soon
Try, try, try try
Man shot to the moon
I read a paperback and want to come home soon
Im shot to the moon
Been there a half an hour, I want to come home soon

Modest Mouse (1996). «Space Travel Is Boring», This is a Long Drive for Someone With Nothing to Think About

Agonie de la foi dans la pesanteur

25 mars 2007, 13:09, par Tlön

Le drame du siècle n’apparait correctement que si nous interprétons les batailles visibles, qu’elles soient physiques ou discursives, comme des modes d’expression d’une agonie globale. Je parle ici de l’agonie de la foi dans la pesanteur, qui se manifeste depuis le XIXe siècle dans des convulsions toujours nouvelles, dans des réactions nouvelles, des fondamentalismes nouveaux.

L’approche sphérologique s’appuie sur une herméneutique de l’existence antigravitationnelle ou déchargée qui comporte une partie destructive et une partie constructive. Tandis que du point de vue constructif, on parle de la découverte des faits atmosphériques et des réalités cachées du système immunitaire, la théorie générale de l’antigravitation et de la décharge se consacre, avec son élan destructif, aux fabrications idéologiques qui, depuis l’époque de la Révolution Française, attachent les hommes aux galères ontologiques de la modernité: le galères du manque, de la misère, de la pénurie des ressources, de la violence et du crime.

– SLOTERDIJK, Peter (2005). «Que s’est-il passé au XXe siècle? En route vers une critique de la raison extrémiste.», Conférence inaugurale, Chaire Emmanuel Lévinas, Strasbourg, 4 mars.

From Bad To Worse

17 mars 2007, 14:10, par Tlön

Middle of Nowhere - Gary Larson - Far Saide Gallery 4 - 1993

«Harmony»

17 mars 2007, 14:07, par Odradek

«Le module doit son nouveau nom aux écoliers d’Amérique, pour lesquels un concours de la meilleure appellation a été organisé. 2200 écoliers de 32 Etats ont participé à ce concours. Harmony s’est avérée l’appellation la plus valable aux yeux des spécialistes de la NASA. Selon eux, ce nom correspond bien à l’idée même de la construction de la Station spatiale internationale qui exige une certaine harmonie entre ses pays partenaires», rapporte vendredi une dépêche du site Internet russe «Les Nouvelles astronautiques».

—source: RIA Novosti

Le blues de l’espace

17 mars 2007, 13:56, par Odradek

CAP CANAVERAL —«Cher journal»… Trois fois par semaine, les deux astronautes américains à bord de la Station spatiale internationale (ISS) consignent leurs pensées et impressions dans un journal intime. Il sera analysé pour mieux comprendre ce qui se passe à 350km de la Terre et préparer des missions encore plus lointaines, sur la Lune ou sur Mars.

Ont-ils bon moral? De quoi manquent-ils? Supportent-ils leurs co-locataires? Rien ne peut mieux qu’un journal refléter la réalité d’un séjour de six mois dans l’étroitesse du vaisseau. «Je suis sûre que cela ressemble à la rubrique des ragots, mais le but est de repérer les caractéristiques qui feront le succès de ces expéditions», a expliqué l’astronaute Sunita Williams en décembre, juste avant d’arriver à la station spatiale. […]

Stuster, docteur en anthropologie, a divisé les messages en 18 catégories, soulignant si le ton est positif, négatif ou neutre. Il a aussi pris en compte le moment de la mission où le message est rédigé. Selon lui, les astronautes soufrent de ce qu’on pourrait appeler «le blues du troisième quart»: le nombre de messages positifs diminue au cours de la troisième partie de leur voyage.

—source: NouvelObs

Petit plein perdu dans le vide

19 février 2007, 15:35, par Tlön

Pale Blue Dot

CLOV. – Je vais, je viens.
HAMM. – Un jour tu seras aveugle. Comme moi. Tu seras assis quelque part, petit plein perdu dans le vide, pour toujours, dans le noir. Comme moi. [Un temps] Un jour tu te diras, Je suis fatigué, je vais m’asseoir, et tu iras t’asseoir. Puis tu te diras, J’ai faim, je vais me lever et me faire à manger. Mais tu ne te lèveras pas. Tu te diras, J’ai eu tort de m’asseoir, mais puisque je me suis assis je vais rester assis encore un peu, puis je me lèverai et me ferai à manger. [Un temps] Tu regarderas le mur un peu, puis tu te diras, Je vais fermer les yeux, peut-être dormir un peu, après ça ira mieux, et tu les fermeras. Et quand tu les rouvriras il n’y aura plus de mur. [Un temps] L’infini du vide sera autour de toi, tous les morts de tous les temps ressuscités ne le combleraient pas, tu y seras comme un petit gravier au milieu de la steppe. [Un temps] Oui, un jour tu sauras ce que c’est, tu seras comme moi, sauf que toi tu n’auras personne parce que tu n’auras eu pitié de personne et qu’il n’y aura plus personne de qui avoir pitié.

– BECKETT, Samuel (1957). Fin de partie, Éd. De Minuit, Paris, pp.53-54

… voir aussi Pourquoi ici ? et Le souffle de l’extérieur

Gold Rush

28 janvier 2007, 11:19, par Tlön

Gold Rush

J’essaie de cerner ma propre pensée. Et la parole ? D’où vient la parole ? Peut-être que les gens parlent sans arrêt comme les chercheurs d’or – pour trouver la vérité. Au lieu de remuer le fond de la rivière, ils remuent le fond de leur pensée. Ils éliminent tous les mots qui n’ont pas de valeur. Et pour finir ils en trouvent un, tout seul. Or un seul mot tout seul, c’est déjà le silence.

– GODARD, Jean-Luc (1960/1963). Le Petit soldat, France, 01:17:00.

Dandys en apesanteur

12 décembre 2006, 08:49, par Tlön

LOS ANGELES, Dec 7 (Reuters Life!) – You’ve booked your seat on the spaceship and passed the medical — but what to wear for that flight into the final frontier?.Orbital Outfitters has the answer. The new Los Angeles-based company on Thursday promised to dress the first space tourists and crew members in style.

“When someone puts on an IS3 (sub-orbital space suit), they will be protected by the best technology we cam muster, yet they will look like they’ve stepped off the set of a science fiction movie,” said Orbital Outfitters president Rick Tumlinson.

“With billionaires funding the new space companies and passengers paying up to $200,000 for a ride, safety is important. We intend to also make it chic,” Tumlinson said. [Lire la suite]

– Source : Reuters

Mille millions de mille sabords!

24 novembre 2006, 12:41, par Tlön

Haddock en impesanteur
– HERGÉ (1954). On a marché sur la lune, Casterman, Paris.

Tête en bas, pieds en l’air, cheveux hérissés et sirotant sa boisson comme le capitaine Haddock avec sa boule de Whisky : tel est à peu près le portrait type du spationaute dans son vaisseau. Étrange phénomène que l’impesanteur… [Lire la suite]

Distraction des corps en impesanteur

23 novembre 2006, 14:01, par Tlön

Corps séparés
– Image du haut tirée du film La Société du spectacle de Guy Debord (France, 1973).
– Image du bas tirée du film 2001: A Space Odyssey de Stanley Kubrick (Étas-Unis / G.-B., 1968).

Ce qui relie les spectacteurs n’est qu’un rapport irréversible au centre même qui maintient leur isolement. Le spectacle réunit le séparé, mais il le réunit en tant que séparé.

– DEBORD, Guy ([1967] 1992). La Société du spectacle, éd. Gallimard, coll. Folio, Paris, thèse 29, p. 30.

Ceux qui voudront découvrir des alternatives à l’existence dans l’auto-satisfaction stoïque ou l’arrêt que s’impose l’individualiste devant le miroir feront bien de se rappeler une époque où toute condition sur la conditio humana était imprégnée par l’évidence du fait qu’un jeu incessant de contaminations affectives se déroule entre les hommes, que ce soit dans la proximité familiale ou sur le marché ouvert. Bien avant que les axiomes de l’abstraction individualiste n’aient pu s’imposer, les psychologues-philosophes du début des temps modernes ont fait comprendre que l’espace interpersonnel est saturé d’énergies symbiotiques, érotiques et mimétiques-concurrentielles, qui démentent fondamentalement l’illusion de l’autonomie du sujet.

– SLOTERDIJK, Peter ([1998] 2002). Bulles. Sphères I, tr. O. Mannoni, éd. Fayard, coll. Pluriel philosophie, Paris, pp. 227-228.

Pas sur Mars

18 novembre 2006, 17:55, par Tlön

Footprint on Mars

Soil disturbed by the left front wheel of the Spirit rover evokes impression of the first footprint on Mars.

La chute –sur l’œuvre de Ron Mueck

30 septembre 2006, 01:05, par Tlön

Mother and Child (detail) 2001

On pourrait voir dans l’œuvre du sculpteur australien Ron Mueck comme une antithèse parfaite de celle de Hanson.

Chez l’américain Hanson, la plupart des personnages paraissent parfaitement intégrés au décor, minutieusement vêtus, pourvus d’accessoires variés et nombreux, occupés à une tâche précise (shopping, étude, nettoyage, photographie, etc.).

Chez Mueck, au contraire, toutes les figures souffrent de manière osensible d’un problème d’intégration. Quelles soient géantes ou naines –mais toujours disproportionnées, démesurées– endormies ou éveillées, elles demeurent irréductiblement étrangères à leur environnement. Ça vaut pour ce balaise chauve et taciturne qui se terre dans un coin de la salle d’exposition («Untitled (Big Man)», 2000). L’impression de réalisme, ici, tient sans doute notamment à ce que ce personnage semble avoir conscience d’être un monstre de foire muséale qu’on étudie avec fascination (inquiétante étrangeté d’une œuvre qui nous touche en ce qu’elle résiste à être œuvre –Roy Batty confiné au Louvres). Lire la suite…

So Many Gerrys

14 août 2006, 15:57, par Tlön

Gerry 2002

[Gerry] We’re walking north-northwest…for…a couple hours… a ways…

[Gerry] But that’s been the way we’ve been walking the whole time. I mean it’s been 30 hours of walking. North-northwest. Okay.

[Gerry] Uh-huh

[Gerry] We’ve gotta be fucking close to the highway.

[Gerry] Yeah. But we, but we got lost. I mean, we were going…We walked our ways and maybe it was north. And then… We came, we turned around, and…

[Gerry] We got off… Lire la suite…

Chemin qui ne mène nulle part ?

3 mars 2006, 14:20, par Tlön

Par quelle étrangeté du sort, certains êtres, arrivés au point où ils pourraient coïncider avec une foi, reculent-ils pour suivre un chemin qui ne les mène qu’à eux-mêmes, et donc nulle part ? Est-ce par peur qu’installés dans la grâce, ils y perdent leurs vertus distinctes ? Chaque homme évolue aux dépens de ses profondeurs, chaque homme est un mystique qui se refuse : la terre est peuplée de grâces manquées et de mystères piétinés.

Emil M. Cioran

Pourquoi ici?

22 février 2006, 19:32, par Tlön

Quand je considère la petite durée de ma vie, absorbée dans l’éternité précédant et suivant le petit espace que je remplis et même que je vois, abîmé dans l’infinie immensité des espaces que j’ignore et qui m’ignorent, je m’effraie et m’étonne de me voir ici plutôt que là, car il n’y a point de raison pourquoi ici plutôt que là, pourquoi à présent plutôt que lors. Qui m’y a mis? Par l’ordre et la conduite de qui ce lieu et ce temps a-t-il été destiné à moi ? Memoria hospitis unius diei praetereuntis.

Pascal, Pensées, Br. 205.

Se tenir dehors, sans trop savoir

21 février 2006, 12:09, par Tlön

 

Nous aimons vivre, avoir mal, être heureux, aimer, se souvenir, être nostalgique, espérer. Nous aimons jouer. Nous ne savons pas demeurer en repos dans notre chambre. À attendre notre mort prochaine. Il nous faut nous dépenser, nous conserver en vue de quelque projet, afin de combler ce vide dont nous préférons n’avoir que l’intuition. « Vivre ! » répétons-nous sans cesse, sans trop savoir ce que nous cherchons ainsi à exprimer.

Une fenêtre ouverte sur le soleil

14 février 2006, 12:03, par Tlön

La promenade

L’homme, les animaux et les fleurs vivent tous dans un chaos étrange, un perpétuel déferlement. Le chaos auquel nous avons fini par nous accoutumer, nous le nommons cosmos. L’indicible chaos intérieur dont nous sommes formés, nous le nommons conscience, esprit, voire civilisation. Mais c’est, en définitive, le chaos, qu’il soit ou non illuminé par des visions. Tout comme l’arc-en-ciel peut illuminer ou non l’orage. Et, comme l’arc-en-ciel, s’estompe la vision.

Mais l’homme ne peut vivre dans le chaos. Les animaux, oui. Pour l’animal tout est chaos, seulement il y a un petit nombre de mouvements et d’aspects qui se reproduisent dans ce déferlement. L’animal s’en contente. L’homme non. L’homme doit s’envelopper d’une vision, se construire une maison d’une forme et d’une stabilité, d’une fixité apparentes. Dans sa terreur du chaos il commence par interposer une ombrelle ouverte entre soi et l’éternel maelström. Ceci fait, il peint sur le dessous de son ombrelle un firmament. Puis il se pavane, il vit et meurt sous une ombrelle. Transmise à ses descendants, celle-ci devient un dôme, une voûte, et les hommes finissent par sentir que quelque chose ne va plus.

L’homme érige un merveilleux édifice de sa propre création entre soi et le sauvage chaos, puis il s’étiole et s’asphyxie petit à petit sous son parasol. Vient alors un poète, ennemi de la convention, qui pratique une fente dans l’ombrelle ; et, miracle ! le chaos révélé est une vision, une fenêtre ouverte sur le soleil. Mais au bout d’un certain temps, habitué à la vision et sans goût pour le franc courant d’air issu du chaos, l’homme banal barbouille un simulacre de la fenêtre ouverte sur le chaos, et raccommode l’ombrelle avec ce simulacre. Ce qui revient à dire qu’il s’est habitué à la vision, que celle-ci fait dorénavant partie de l’ornementation de sa demeure. De sorte que l’ombrelle finit par ressembler à un firmament étincelant et déployé, qui présente de multiples aspects. Mais, hélas, tout est simulacre, innombrables rapiéçages. Homère et Keats, annotés et suivis d’un glossaire. [Lire l'extrait intégral]

- LAWRENCE, D. H. ([1928] 1997). « Le chaos en poésie », Les deux principes, éd. de L’Herne, Paris, pp. 42-44.

Au bord du vide

13 février 2006, 17:43, par Tlön

Primate outillé

Plaçons un chimpanzé dans une cage trop petite, close par des croisillons de béton. L’animal deviendra fou furieux, se jettera contre les parois, s’arrachera les poils, s’infligera lui-même de cruelles morsures, et dans 73% des cas il finira bel et bien par se tuer. Pratiquons maintenant une ouverture dans l’une des parois, que nous placerons vis-à-vis un précipice sans fond. Notre sympathique quadrumane de référence s’approchera du bord, il regardera vers le bas, il restera longtemps près du bord, il y reviendra plusieurs fois, mais généralement il ne basculera pas ; et en tout cas son énervement sera radicalement calmé.

- Michel HOUELLEBECQ (1994). Extension du domaine de la lutte, éd. J’ai lu, Paris, p. 124.

Bulles – Le souffle de l’extérieur

13 février 2006, 15:36, par Tlön

Hubble Cartwheel Galaxy

Désormais, les habitants de la Terre, ces vieux mortels, ont perdu toute illusion sur leur situation centrale dans le giron cosmique, même si de telles idées peuvent nous coller à la peau comme des illusions innées. Avec la thèse héliocentrique de Copernic, l’homme entame une série de sorties exploratoires vers l’extérieur dépourvu d’êtres humains, vers des galaxies situées à une distance inhumaine, et vers les composantes les plus fantomatiques de la matière. Le souffle de l’extérieur, avec sa nouvelle froideur, a été ressenti de bonne heure, et même quelques-uns des pionniers de la connaissance sur la situation de la Terre dans le Cosmos – savoir qui a subi une transformation révolutionnaire – n’ont pas passé sous silence le malaise que leur causait cette infinité qu’on leur demandait scandaleusement d’admettre… [Lire la suite]

- Peter SLOTERDIJK ([1998] 2002). Bulles. Sphères I, tr. O. Mannoni, éd. Fayard, coll. « Pluriel Philosophie », Paris, pp. 22-31.

Métaphysique du vide

12 février 2006, 22:38, par Tlön

J’étais mis en contact avec des questions plus éloignées de ma pensée et je regardais à l’intérieur de moi, mais ce que je voyais était étonnant, c’étaient deux phénomènes, la sociologie et le vide; si je me dépouillais de mes obligations commerciales comme la plaie des salaires, l’achat de savon, la fraude fiscale, le marché noir, il ne restait rien que j’aurais pu qualifier d’individuel. La sociologie et le vide! Toute pulsion était réprimée par l’État, la pensée mise au pas par la science, les émotions revendiquées par l’assistance publique, les distractions déterminées par les affiches et les agences de voyage, les intérieurs par la mode, les maladies par les hôpitaux universitaires –quoique analysés, seuls les rêvent restaient libres. Mais seule la vie intérieure avait rendu possible et même favorisé cette évolution qui lui était dévolue après avoir eu le bonheur d’échapper au Moi, et j’étais chaque fois impressionné de voir les plus grands esprits –les esprits réellement grands– dévier vers la sociologie parce qu’ils n’osaient plus adhérer à eux-mêmes, ni à leur richesse, ni surtout à leur vide –tout doit être plein et épais, massif, inépuisable, large–, tous ces stigmates de la nature et du corps, notre siècle les adopta presque automatiquement pour l’esprit et la productivité, dans sa balourdise, il ne pourrait absolument pas supporter une métaphysique du vide, une croyance au léthargique et au catatonique (ce qui serait pourtant la condition d’une description de l’identité, d’une définition qui permettrait d’identifier le phénotype actuel) –donc, la sociologie et le vide–, à la rigueur encore les rhumatismes, ça doit faire mal, par-ci, par-là, on se concentre sur soi, articulation de l’épaule droite, les jambes non plus ne marchent plus tellement –idées papotages, mais on a un contenu, le temps passe–: ainsi se termine le bassin méditerranéen, Athéna Tritogénie, recouverte de l’égide à écailles, sur l’Acropole, dominant de son regard la mer, sa solitude, son vide.

- Gottfried Benn, Le Ptoléméen, 1947, trad. Hélène Feydy, Le Ptoléméen, éd. Gallimard, coll. NRF, 1995, pp. 139-140.