Archives / catégorie Loose subject(s)

Drunk astronauts

30 juillet 2007, 16:56, par Odradek
Haddock en apesanteurCAPE CANAVERAL, Florida (AP) — Astronauts were allowed to fly after flight surgeons and other astronauts warned they were so drunk they posed a flight-safety risk on at least two occasions, an aviation weekly reported Thursday.
CNN

Αφέλεια [1] – Un monde sans différence

25 mai 2007, 16:42, par Tlön
Le fou, entendu non pas comme malade, mais comme déviance constituée et entretenue, comme fonction culturelle indispensable, est devenu, dans l’expérience occidentale, l’homme des ressemblances sauvages. Ce personnage, tel qu’il est dessiné dans les romans ou le théâtre de l’époque baroque, et tel qu’il s’est institutionnalisé peu à peu jusqu’à la psychiatrie du XIXe siècle, c’est celui qui s’est aliéné dans l’analogie. Il est le joueur déréglé du Même et de l’Autre. Il prend les choses pour ce qu’elles ne sont pas, et les gens les uns pour les autres; il ignore ses amis, reconnaît les étrangers; il croit démasquer, et il impose un masque. Il inverse toutes les valeurs et toutes les proportions, parce qu’il croit à chaque instant déchiffrer des signes : pour lui les oripeaux font un roi. Dans la perception culturelle qu’on a eu du fou jusqu’à la fin du XVIIIe siècle, il n’est le Différent que dans la mesure où il ne connaît pas la Différence; il ne voit partout que ressemblance et signes de la ressemblance; tous les signes pour lui se ressemblent, et toutes les ressemblances valent comme des signes.

– FOUCAULT, Michel (1966). Les Mots et les choses, éd. Gallimard, coll. Tel, Paris, p. 63.

Twentynine Palms

12 mai 2007, 21:03, par Tlön

Twentynine Palms Bruno Dumont 2003
Twentynine Palms (Bruno Dumont, États-Unis, 2003)

– C’est bon ?
– C’est pas bon… Mais c’est bon.
– Ah mais non. Je ne comprends pas. Tu dis des choses que je ne comprends pas.
– Mais il y a rien à comprendre.
– Bon.
– Bon… Tu fais la gueule?
– Non… Non, je ne fais pas la gueule. You know, I’d just like our conversation to have some sort of a logic to them because sometimes you say something than you say something else and I have no idea what you’re saying. It’s a completely dysfunctional conversation…
– Je t’aime.

» Notes d’intention du réalisateur (PDF)

Space Travel is Boring

2 avril 2007, 13:05, par Tlön

Space Travel Elders

Won herself a pass to some far off moon
It was second class but whats to lose
And looking out her window she could more than assume
That you cant see air or time
Shes the only rocketeer in the whole damn place
They gave her a mirror so she could talk to a face
She still got plenty lonely but thats just the case
With time, time, time
Started hearing voices sometime in june
She knew she could go crazy but didnt think that soon
Now she doesnt feel lonely but shed just as soon
Try, try, try try
Man shot to the moon
I read a paperback and want to come home soon
Im shot to the moon
Been there a half an hour, I want to come home soon

Modest Mouse (1996). «Space Travel Is Boring», This is a Long Drive for Someone With Nothing to Think About

Le village affronté

20 mars 2007, 18:29, par Tlön

The Village, M. Night Shyamalan 2004
The Village (M. Night Shyamalan, États-Unis, 2004)

And what if this is true in a much more radical way than it may appear? What if the true Evil of our societies is not the capitalist dynamics as such, but the attempts to extricate ourselves from it (while profiting from it), to carve out self-enclosed communal spaces, from “gated communities” to exclusive racial or religious groups?

– ZIZEK, Slavoj (2006?). «M. Night Shyamalan’s The Village», The Pervert’s Guide to Cinema.

De part et d’autre de la béance du monde creusée sous le nom de «globalisation», c’est bien la communauté qui s’est séparée et affrontée à elle-même. Jadis les communautés ont pu se penser distinctes et autonomes sans chercher leur assomption dans une humanité générique. Mais lorsque le monde finit de devenir mondial et lorsque l’homme finit de devenir humain (c’est en ce sens aussi qu’il devient «le dernier homme»), lorsque «la» communauté se met à bégayer une étrange unicité (comme s’il devait n’y en avoir qu’une et comme s’il devait y avoir une essence unique du commun), alors «la» communauté comprend que c’est elle qui est béante – ouverte béante sur son unité et sur son essence absente – et qu’elle affronte en elle cette brisure.

– NANCY, Jean-Luc (2001). La Communauté affrontée, éd. Galilée, Paris, p. 17.

La dérive des îles continentales

19 mars 2007, 10:11, par Tlön

Le Septième continent (1989) Michael HANEKE
Le Septième continent (Michael Haneke, 1989, Autriche).

Les Cartier ont repoussé le «dernier jour» au 18 août 2002. «C’était les vacances, alors on voulait que les enfants en profitent encore un peu.» Les derniers crédits servent à acheter des vêtements neufs pour «que les gamins arrivent correctement vêtus dans l’autre monde». Le samedi soir, ils s’offrent au fast-food le plat préféré de la famille : des hamburgers. De la maison de repos où elle travaille, Patricia a rapporté des seringues et de l’insuline. Seule Alicia en mourra. L’ensemble des biens des Cartier sera vendu pour moins de 2 000 euros dans un dépôt-vente.

– AUBENAS, Florence (2005). «Mort du crédit», Libération, 17 octobre, p. 18.

Les géographes disent qu’il y a deux sortes d’îles [...] Les îles continentales sont des îles accidentelles, des îles dérivées : elles sont séparées d’un continent, nées d’une désarticulation, d’une érosion, d’une fracture, elles surviennent à l’engloutissement de ce qui les retenait.

– DELEUZE, Gilles ([~1950] 2002). «Causes et raisons des îles désertes», L’Île déserte et autres textes, éd. de Minuit, coll. Paradoxe, Paris, p. 11.

L’homme sans affect

18 mars 2007, 21:17, par Tlön
La condition du désir, c’est une économie libidinale qui doit se penser à un niveau collectif. La destruction du désir, c’est la libération des pulsions, et ça c’est le sujet de Malaise dans la civilisation, quand Freud parle d’une libération de la pulsion de mort. C’est d’ailleurs la première fois que Freud, pour qui la technique n’existe pas, parle d’industrie et de technique. Moi je crois que le désir est destructible, je crois que c’est un mol oreiller de dire que le désir est indestructible, c’est très dangereux. Je connais des gens dont le désir a été détruit, c’est à dire dont le narcissisme primordial a été détruit. Des psychiatres, durant le congrès de L’information psychiatrique réuni en octobre 2005 à La Rochelle, m’ont dit diagnostiquer la même chose que ce que j’analyse conceptuellement, et que la pathologie majeure est la destruction du désir. Il n’y a rien de plus dangereux : c’est la psychose comme fait social massif. Des gens qui souffrent de leur désir, c’est la névrose, des gens qui souffrent ne plus avoir de désir, c’est la psychose. C’est aujourd’hui un phénomène mondial et de masse, compensé par l’hyperconsommation. Plus cette consommation addictive compense la perte de désir, plus elle entretient cette perte.

– STIEGLER, Bernard (2007). «De l’économie libidinale à l’écologie de l’esprit», entretien avec F. Neyrat, Multitudes Web.

Voir également:
» «Souffrance et consommation», documents de travail, Ars Industrialis, 25 février 2006.

» «Les petits jeux culturels», infra.

Hikikomori

18 mars 2007, 15:29, par Tlön

Hikikomori

One morning when he was 15, Takeshi shut the door to his bedroom, and for the next four years he did not come out. He didn’t go to school. He didn’t have a job. He didn’t have friends. Month after month, he spent 23 hours a day in a room no bigger than a king-size mattress, where he ate dumplings, rice and other leftovers that his mother had cooked, watched TV game shows and listened to Radiohead and Nirvana. “Anything,” he said, “that was dark and sounded desperate.

– JONES, Maggie (2006). «Shutting Themselves In», New York Times, 25 janvier.

Voir également :
» Japan : The Missing Million (BBC, octobre 2002)

Perdant anonyme

17 mars 2007, 16:06, par Tlön

(…) Bernard Stiegler engage son propos avec le rappel d’un fait divers intervenu quelques semaines plus tôt. Dans la nuit du 26 au 27 mars, à quelques semaines du 21 avril, Richard Durn provoque un émoi considérable dans la France entière en assassinant huit membres du conseil municipal de Nanterre réuni en séance plénière. Durn avait fait le mal, expliquera-t-il en substance, parce qu’il voulait avoir au moins une fois dans sa vie le sentiment d’exister. Quelque chose dans la seule réalité de ce conseil municipal lui était devenu insupportable. Et ce quelque chose, Richard Durn crut pouvoir le faire disparaître par un carnage, une sorte d’hécatombe, et, du coup, réparer sa propre histoire de perdant anonyme. Il se suicide le 28 mars dans les locaux de la police. Ce passage à l’acte est d’une ampleur considérable, comme le sera un peu plus tard, et dans un autre registre, le premier tour de l’élection présidentielle, lequel verra nombre d’électeurs utiliser leur bulletin de vote pour vomir un système politique [supposé les représenter]. Et, d’une certaine manière, [il] précipite son implosion, quelles qu’en soient les conséquences.»

– CONROD, Daniel. «Comment la dictature de la consommation désespère le citoyen. Bernard Stielgler.»

Voir également:

From Bad To Worse

17 mars 2007, 14:10, par Tlön

Middle of Nowhere - Gary Larson - Far Saide Gallery 4 - 1993

Sens, essence, puissance

12 mars 2007, 13:58, par Tlön

Lorsque, bien après Spinoza, Nietzsche lancera le concept de volonté de puissance, je ne dis pas qu’il veuille dire que cela, mais il veut dire, avant tout, cela. Et on ne peut rien comprendre chez Nietzsche si l’on croit que c’est l’opération par laquelle chacun de nous tendrait vers la puissance. La puissance ce n’est pas ce que je veux, par définition, c’est ce que j’ai. J’ai telle ou telle puissance et c’est cela qui me situe dans l’échelle quantitative des êtres. Faire de puissance l’objet de la volonté c’est un contresens, c’est juste le contraire. C’est d’après la puissance que j’ai que je veux ceci ou cela. Volonté de puissance ça veut dire que vous définirez les choses, les hommes, les animaux d’après la puissance effective qu’ils ont. Encore une fois, c’est la question : qu’est-ce que peut un corps ? C’est très différent de la question morale : qu’est-ce que tu dois en vertu de ton essence, c’est qu’est-ce que tu peux, toi, en vertu de ta puissance. Voilà donc que la puissance constitue l’échelle quantitative des êtres. C’est la quantité de puissance qui distingue un existant d’un autre existant.Spinoza dit très souvent que l’essence c’est la puissance. Comprenez le coup philosophique qu’il est en train de faire.

– DELEUZE, Gilles (1980). Cours : « Spinoza : Ontologie-Éthique », Vincennes, Paris, 12 décembre.

Passion de l’inachèvement

9 mars 2007, 15:38, par Tlön

Shipbreaking No. 9a, Chittagong, Bangladesh 2000
Edward Burtynsky, « Shipbreaking No. 9a », Chittagong, Bangladesh, 2000.

On peut considérer ses textes morcelés comme des éléments de cet ensemble. L’ensemble garde son originalité et son pouvoir. C’est cette grande philosophie où se retrouvent, portées à un haut point d’incandescence, les affirmations d’une pensée terminale. Il est possible alors de se demander si elle améliore Kant, si elle le réfute, ce qu’elle doit à Hegel, ce qu’elle lui retire, si elle est dialectique, si elle est antidialectique, si elle achève la métaphysique, si elle la remplace, si elle prolonge un mode de pensée existentiel ou si elle est essentiellement une Critique. Tout cela, d’une certaine façon, appartient à Nietzsche.

Admettons-le. Admettons que ce discours continu soit à l’arrière-plan de ses ouvrages divisés. Il reste que Nietzsche ne s’en contente pas. Et même si une partie de ses fragments peut être rapportée à cette sorte de discours intégral, il est manifeste que celui-ci – la philosophie même – est toujours déjà dépassé par Nietzsche, qu’il le suppose plutôt qu’il ne l’expose, afin de parler plus loin, selon un langage tout autre, non plus celui du tout, mais celui du fragment, de la pluralité et de la séparation.

– BLANCHOT, Maurice (1969). L’Entretien infini, éd. Gallimard, Paris, pp. 227-228.

Petit plein perdu dans le vide

19 février 2007, 15:35, par Tlön

Pale Blue Dot

CLOV. – Je vais, je viens.
HAMM. – Un jour tu seras aveugle. Comme moi. Tu seras assis quelque part, petit plein perdu dans le vide, pour toujours, dans le noir. Comme moi. [Un temps] Un jour tu te diras, Je suis fatigué, je vais m’asseoir, et tu iras t’asseoir. Puis tu te diras, J’ai faim, je vais me lever et me faire à manger. Mais tu ne te lèveras pas. Tu te diras, J’ai eu tort de m’asseoir, mais puisque je me suis assis je vais rester assis encore un peu, puis je me lèverai et me ferai à manger. [Un temps] Tu regarderas le mur un peu, puis tu te diras, Je vais fermer les yeux, peut-être dormir un peu, après ça ira mieux, et tu les fermeras. Et quand tu les rouvriras il n’y aura plus de mur. [Un temps] L’infini du vide sera autour de toi, tous les morts de tous les temps ressuscités ne le combleraient pas, tu y seras comme un petit gravier au milieu de la steppe. [Un temps] Oui, un jour tu sauras ce que c’est, tu seras comme moi, sauf que toi tu n’auras personne parce que tu n’auras eu pitié de personne et qu’il n’y aura plus personne de qui avoir pitié.

– BECKETT, Samuel (1957). Fin de partie, Éd. De Minuit, Paris, pp.53-54

… voir aussi Pourquoi ici ? et Le souffle de l’extérieur

Dandys en apesanteur

12 décembre 2006, 08:49, par Tlön
LOS ANGELES, Dec 7 (Reuters Life!) - You’ve booked your seat on the spaceship and passed the medical — but what to wear for that flight into the final frontier?.Orbital Outfitters has the answer. The new Los Angeles-based company on Thursday promised to dress the first space tourists and crew members in style.

“When someone puts on an IS3 (sub-orbital space suit), they will be protected by the best technology we cam muster, yet they will look like they’ve stepped off the set of a science fiction movie,” said Orbital Outfitters president Rick Tumlinson.

“With billionaires funding the new space companies and passengers paying up to $200,000 for a ride, safety is important. We intend to also make it chic,” Tumlinson said. [Lire la suite]

– Source : Reuters

Mille millions de mille sabords!

24 novembre 2006, 12:41, par Tlön

Haddock en impesanteur
– HERGÉ (1954). On a marché sur la lune, Casterman, Paris.

Tête en bas, pieds en l’air, cheveux hérissés et sirotant sa boisson comme le capitaine Haddock avec sa boule de Whisky : tel est à peu près le portrait type du spationaute dans son vaisseau. Étrange phénomène que l’impesanteur… [Lire la suite]

Those yes-gentry…

13 octobre 2006, 11:55, par Tlön

Un lunatique?

For all men who say yes, lie; and all men who say no, – why, they are in the happy condition of judicious, unincumbered travellers in Europe; they cross the frontiers into Eternity with nothing but a carpet-bag, – that is to say, the Ego. Whereas those yes-gentry, they travel with heaps of baggage, and, damn them! they will never get through the Custom House. What’s the reason, Mr. Hawthorne, that in the last stages of metaphysics a fellow always falls to swearing so?

MELVILLE, Herman (1851). Lettre du 16 (?) avril à Nathaniel Hawthorn.

Hypostase

2 octobre 2006, 22:26, par Tlön

Big Man

“A variable, as just described, is an operation upon a relation: an extraction and making ready for recombination. In other words, a variable is a transformative process. When a variable is given a name, becoming a substantive like “hue”, it is easy to treat the process as part. The “conceived separatly” slips into “conceived as existing separatly.” The extracted variable is mistaken for an objective part. This slippage from process to part, from relation to term in relation, is called hypostasis.”

MASSUMI, Brian (2002). Parables for the Virtual, Durham: Duke University Press, p. 165

La chute –sur l’œuvre de Ron Mueck

30 septembre 2006, 01:05, par Tlön

Mother and Child (detail) 2001

On pourrait voir dans l’œuvre du sculpteur australien Ron Mueck comme une antithèse parfaite de celle de Hanson.

Chez l’américain Hanson, la plupart des personnages paraissent parfaitement intégrés au décor, minutieusement vêtus, pourvus d’accessoires variés et nombreux, occupés à une tâche précise (shopping, étude, nettoyage, photographie, etc.).

Chez Mueck, au contraire, toutes les figures souffrent de manière osensible d’un problème d’intégration. Quelles soient géantes ou naines –mais toujours disproportionnées, démesurées– endormies ou éveillées, elles demeurent irréductiblement étrangères à leur environnement. Ça vaut pour ce balaise chauve et taciturne qui se terre dans un coin de la salle d’exposition («Untitled (Big Man)», 2000). L’impression de réalisme, ici, tient sans doute notamment à ce que ce personnage semble avoir conscience d’être un monstre de foire muséale qu’on étudie avec fascination (inquiétante étrangeté d’une œuvre qui nous touche en ce qu’elle résiste à être œuvre –Roy Batty confiné au Louvres). Lire la suite…

So Many Gerrys

14 août 2006, 15:57, par Tlön

Gerry 2002

[Gerry] We’re walking north-northwest…for…a couple hours… a ways…

[Gerry] But that’s been the way we’ve been walking the whole time. I mean it’s been 30 hours of walking. North-northwest. Okay.

[Gerry] Uh-huh

[Gerry] We’ve gotta be fucking close to the highway.

[Gerry] Yeah. But we, but we got lost. I mean, we were going…We walked our ways and maybe it was north. And then… We came, we turned around, and…

[Gerry] We got off…

Lire la suite…

La jeunesse selon Badiou

2 août 2006, 11:36, par Tlön

Schiele_Autoportrait_1910

Mais la jeunesse est aussi ce fragment d’existence où arrive aisément que l’on s’imagine très singulier, dans le moment où l’on pense ou fait ce qui restera comme le trait typique d’une génération. Être jeune est une ressource de puissance, une époque de rencontres décisives, mais grevées d’une trop facile saisie par la répétition, l’imitation. La pensée n’est soustraite à l’esprit du temps que par un labeur constant et délicat. Il est aisé de vouloir changer le monde, comme à cette époque c’était pour nous la moindre des choses. Il est plus difficile de s’apercevoir que cette volonté même peut n’être que le matériau des formes de la perpétuation dudit monde. C’est pourquoi toute jeunesse, si exaltante qu’en puisse être la promesse, est toujours aussi celle d’un “jeune crétin”. Cette considération, plus tard, nous garde de la nostalgie.

BADIOU, Alain (1995). Beckett. L’increvable désir. éd. Hachette Littératures, coll. Pluriel, Paris, pp. 5-6

It’s Saturday

16 avril 2006, 16:44, par Tlön

Stephen Shore

I want to be different, like everybody else I want to be like
I want to be just like all the different people
I have no further interest in being the same,
because I have seen difference all around,
and now I know that that’s what I want

I don’t want to blend in and be indistinguishable,
I want to be part of the different crowd,
and assert my individuality along with others
who are different like me

I don’t want to be identical to anyone or anything
I don’t even want to be identical to myself
I want to look in the mirror and wonder,
“who is that person? I’ve never seen that person before;
I’ve never seen anyone like that before.”
I want to call into question the very idea that
identity can be attached

I want to be a floating, shifting, ever changing persona:
Invisibility and obscurity,
detachment from the ego and all of it’s pursuits.
Unity is useless
Conformity is competitive and divisive and leads only to
stagnation and death.
If what I’m saying doesn’t make any sense,
that’s because sense cannot be made
It’s something that must be sensed
And I, for one, am incensed by all of this complacency
Why oppose war only when there’s a war?
Why defend the clinics only when they’re attacked?
Why are we always reactive?
Let’s activate something
Let’s fuck shit up
Whatever happened to revolution for the hell of it?
Whatever happened to protesting nothing in particular, just protesting
cause it’s Saturday and there’s nothing else to do?

John S. Hall, It’s Saturday

Les petits jeux culturels

28 mars 2006, 10:10, par Tlön

Soduko

Soduko is worse than meth!!! If you are a busy person, you never want to try one of these dern puzzles! They just keep calling your name!

Nous sommes régulièrement exposés à une panoplie de discours préventifs prenant pour objet l’usage nocif de drogues – ou substances psycho-actives – diverses. La valeur pathologique leur étant attribuée repose notamment sur deux principes généraux : le premier a trait à des rapports d’extériorité, le second à des rapports d’intériorité. D’une part, la consommation de ces drogues altère l’expérience d’une réalité envisagée comme référence ou règle normative. Cette altération de l’expérience a pour corollaire nécessaire l’altération comportementale du sujet intoxiqué, sujet dont la conduite peut alors être jugée « anormale » (inadéquate, menaçante, déviante) pour la communauté. D’autre part, l’usage de ces drogues entraîne une diminution progressive de l’autonomie du consommateur, une dépréciation du rapport à soi. Notons au passage que ces considérations générales valent également pour ce que l’on nomme le “jeu pathologique” (dépendance à la pratique des jeux de hasard).

Or, parallèlement à ces discours préventifs, il existe une tendance discursive prégnante insistant sur les bienfaits d’une dépendance à la consommation d’objets, de sujets, d’espace, de temps, d’énergie (shampoing, vedettes, voyages, soduko, sports). Dans tous les cas « vous ne pourrez plus vous en passer », et c’est tant mieux. Qu’est-ce que cette fonction positive de la dépendance/dépense ? Exemple d’une mise en forme de ce que nous pourrions appeler « l’hypothèse divertissante » :

D’autre part, il semble que les pages de variétés aient comporté également certains jeux, auxquels on engageait les lecteurs à participer eux-mêmes et qui stimulaient leur saturation de savoir : une longue note de Coldebique consacrée au singulier sujet des « mots croisés » nous en parle. Il y a avait des milliers et des milliers de gens, en majorité astreints à des travaux rudes et à une vie pénible, qui, à leurs heures de liberté, se penchaient sur des carrés et des croix formées de lettres, dont ils remplissaient les vides selon certaines règles. Gardons-nous de ne voir que l’aspect ridicule ou absurde de ce jeu et de nous en moquer. En effet, les hommes de ces devinettes enfantines et de ces dissertations culturelles n’avaient rien d’enfants innocents ni de Phéaciens espiègles. Ils vivaient au contraire une vie d’angoisses, au milieu de la fermentation et des séismes de la politique, de l’économie et de la morale ; ils ont fait force guerres atroces et force guerres civiles : leurs petits jeux culturels n’étaient pas tout bonnement un enfantillage gracieux et dépourvu de sens, ils répondaient à un besoin profond de fermer les yeux, de se dérober aux problèmes non résolus et à un pressentiment angoissant de décadence, pour fuir dans un monde irréel, aussi inoffensif que possible. Ils apprenaient avec constance à conduire les automobiles, à pratiquer des jeux de cartes difficiles, et se consacraient rêveusement à la solution des mots croisés – car devant la mort, la peur, la souffrance et la faim, ils étaient presque sans défense ; les Églises ne pouvaient plus les consoler, ni l’esprit les conseiller. Eux, qui lisaient tant d’articles et qui entendaient tant de conférences, ils ne prenaient ni le temps ni la peine de se fortifier contre la crainte, de combattre en eux-mêmes la peur de la mort, ils vivaient pantelants au jour le jour et ne croyaient pas à un lendemain.

- HESSE, Hermann ([1943] 1955). Le Jeu des perles de verre, tr. J. Martin, Calmann-Lévy, Paris, pp. 73-74

L’homme immanent

15 mars 2006, 00:10, par Tlön

Ari Versluis Exactitudes

L’individu s’affirme, avec ses droits inaliénables, son refus d’avoir d’autre origine que soi, son indifférence à toute dépendance théorique vis-à-vis d’un autre qui ne serait pas un individu comme lui, c’est-à-dire lui-même, indéfiniment répété, que ce soit dans le passé ou dans l’avenir - ainsi mortel et immortel: mortel dans son impossibilité de se perpétuer sans s’aliéner, immortel, puisque son individualité est la vie immanente qui n’a pas en elle-même de terme.

Maurice Blanchot, La communauté inavouable, Éd. de Minuit, 1983, pp. 11-12

Diesterweg s’examina de haut en bas. Depuis longtemps, il voulait avoir quelque chose. Il réfléchit. Peut-être que ça marcherait avec un tic, avec un certain mouvement de la main par exemple; se passer de manière discrète et rapide l’index sur la joue, un tic nerveux – oui, c’était cela, inconsciemment, absorbé dans ses pensées, une sorte de compulsion naturelle, hautement personnelle; personne ne pourrait lui en contester la spécificité, on pourrait plutôt vraiment le trouver un peu compromettant, en fait déjà un léger manque de contrôle de soi-même; en tout cas, ça ressortirait fortement, ce serait diesterwegien, de se passer l’index sur la joue.

Gottfried Benn, Le Ptoléméen, éd. Gallimard, coll. NRF, 1995, p. 61

 

Métaphysique du vide

12 février 2006, 22:38, par Tlön

J’étais mis en contact avec des questions plus éloignées de ma pensée et je regardais à l’intérieur de moi, mais ce que je voyais était étonnant, c’étaient deux phénomènes, la sociologie et le vide; si je me dépouillais de mes obligations commerciales comme la plaie des salaires, l’achat de savon, la fraude fiscale, le marché noir, il ne restait rien que j’aurais pu qualifier d’individuel. La sociologie et le vide! Toute pulsion était réprimée par l’État, la pensée mise au pas par la science, les émotions revendiquées par l’assistance publique, les distractions déterminées par les affiches et les agences de voyage, les intérieurs par la mode, les maladies par les hôpitaux universitaires –quoique analysés, seuls les rêvent restaient libres. Mais seule la vie intérieure avait rendu possible et même favorisé cette évolution qui lui était dévolue après avoir eu le bonheur d’échapper au Moi, et j’étais chaque fois impressionné de voir les plus grands esprits –les esprits réellement grands– dévier vers la sociologie parce qu’ils n’osaient plus adhérer à eux-mêmes, ni à leur richesse, ni surtout à leur vide –tout doit être plein et épais, massif, inépuisable, large–, tous ces stigmates de la nature et du corps, notre siècle les adopta presque automatiquement pour l’esprit et la productivité, dans sa balourdise, il ne pourrait absolument pas supporter une métaphysique du vide, une croyance au léthargique et au catatonique (ce qui serait pourtant la condition d’une description de l’identité, d’une définition qui permettrait d’identifier le phénotype actuel) –donc, la sociologie et le vide–, à la rigueur encore les rhumatismes, ça doit faire mal, par-ci, par-là, on se concentre sur soi, articulation de l’épaule droite, les jambes non plus ne marchent plus tellement –idées papotages, mais on a un contenu, le temps passe–: ainsi se termine le bassin méditerranéen, Athéna Tritogénie, recouverte de l’égide à écailles, sur l’Acropole, dominant de son regard la mer, sa solitude, son vide.

- Gottfried Benn, Le Ptoléméen, 1947, trad. Hélène Feydy, Le Ptoléméen, éd. Gallimard, coll. NRF, 1995, pp. 139-140.