Archives / catégorie Aphorismes pathétiques
18 avril 2008, 11:05, par Tlön

11 mars 1942 – Si j’essaie d’approfondir cette «honte prométhéenne», il me semble que son objet fondamental, l’«opprobre fondamental» qui donne à l’homme honte de lui-même, c’est son origine. T. a honte d’être devenu plutôt que d’avoir été fabriqué. Il a honte de devoir son existence – à la différence des produits qui, eux, sont irréprochables parce qu’ils ont été calculés dans les moindre détails – au processus aveugle, non calculé et ancestral de la procréation et de la naissance. Son déshonneur tient donc au fait d’«être né», à sa naissance qu’il estime triviale (exactement comme le ferait le biographe d’un fondateur de religion) pour cette seule raison qu’elle est une naissance. Mais il a honte du caractère obsolète de son origine, il a bien sûr également honte du résultat imparfait et inévitable de cette origine, en l’occurrence lui-même.
– ANDERS, Günther ([1956] 2002). L’Obsolescence de l’homme. Sur l’âme à l’époque de la deuxième révolution industrielle, éd. Encyclopédie des nuisances/Ivrea, Paris, p. 38.
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11 mars 2008, 10:52, par Tlön
– EPSTEIN, Mitch (1998). Untitled, New York, The City serie.
She thought that the hovering possible presence of God was the thing that created loneliness and doubt in the soul and she also thought that God was the thing, the entity existing outside space and time that resolved this doubt in the tonal power of a word, a voice.
God is the voice that says, “I am not here.”
– DeLILLO, Don (2007). Falling Man, New York: Scribner, p. 236.
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9 mars 2008, 15:25, par Tlön
She missed those nights with friends when you talk about everything. She hadn’t stayed in close touch and felt no guilt or need. There were hours of talk and laugher, bottles uncorked. She missed the comical midlife monologues of the clinically self-absorbed. The food ran out, the wine did not, and who was the little man in the red cravat who did sound effects from old submarine movies. She went out rarely now, went alone, did not stay late. She missed the autumn weekends at somebody’s country house, leaf-fall and touch football, kids tumbling down grassy slopes, leaders and followers, all watched by a pair of tall slender dogs poised on their haunches like figures in myth.
– DeLILLO, Don (2007). Falling Man, New York: Scribner, p. 190.
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8 mars 2008, 19:27, par Odradek
Les héros sont les âmes des sages qui ont subsisté.
—Diogène Laërce, Vies & opinions des philosophes, 7.151. (trad. Bréhier)
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20 janvier 2008, 15:41, par Tlön

– Stephen Shore, U.S. 97, South of Klamath Falls, Oregon, July 21, 1973
The fast pace of life and the increasing speed of mouvement across vast American spaces, well before the beginning of the twintieth century, had begun to put a premium on quickly impressive, attractive images. They were creating a new Iconography of Speed. Competition for attention put a premium on attention-getting. The word “billboard”, which was invented in America, had first come in use about 1851, in the early days of the Graphic Revolution. The rise of the automobile, the improvement of highways in the 1920’s and ’30’s, and the consequent vast spread of billboards were now incentives to produce images that could catch the eye in a flash and remain indelibly imprinted on the memory.
– BOORSTIN, Daniel J. ([1961]1992). The Image. A Guide To Pseudo-Events In America, New York : Vintage Books, p. 199.
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1 janvier 2008, 11:31, par Odradek
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24 décembre 2007, 21:12, par Tlön

– Dedication without talent is useless. Understand what I mean? Dedication alone is not enough. You can starve and wanna do it… Hey! You know… And how many do that? They starve in the gutters… They don’t make it.
– But you knew you had talent.
– They all think they have! How do you know that you’re the one? You don’t know. It’s a shot in the dark. You take it or you become a normal civilized person from 8 to 5… Get married have children… Christmas together… Here comes gramma : «Hi gramma, come on in… Hi you…». You know… Sure I couldn’t take that, I would have murder myself.
– From The Charles Bukowski Tapes, Barbet Schroeder, 1987.
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15 décembre 2007, 14:39, par Tlön

– Image tirée du film The Devil and Daniel Johnston (Jeff Feuerzeig, 2005).
Well, he’s a space orphan from Long Store 6
Left to rot on Cyborg 9
He was trying to find his way to Planet X
But stepped on a land mine
He only lost his third leg
But he’d never beg or put anybody down
And behind the great walls of China
Underneath the galaxies
He had a studio
And he wrote this song
– JOHNSTON, Daniel (1994). «Jelly Beans», album Fun.
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8 décembre 2007, 12:08, par Tlön

– Photographie de Stephen Shore, gallerie Bill Charles.
Talk about a lousy weekend
Couldn’t find a single friend friend
Had my heart set on disappointment
Up walks a super Joe Joe
Asks me how my day go go
Tells me good luck and spits on my shoe
CHORUS
But oh, oh, oh, the telephone rings
And oh, oh, oh there’s nobody there
Saw a girl on the street corner
Say, “Hey I’m a lonely loner”
She looks at me like I’m some sort of crud
Fast cars pass me by
Everybody curse me why
Find a donut in the sewer
CHORUS
Doesn’t matter what you eat
I think you’re all a bunch of creeps
And I would like to see you all gone
Stop comin’ round my door
I don’t care for you no more
Wish you would all just go away
Oh, oh, oh the telephone rings
Oh, oh, oh, there’s nobody there
Talk about a lousy weekend
– JOHNSTON, Daniel (1994). «Lousy Week-End», album Fun.
» Voir aussi «It’s Saturday»
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6 décembre 2007, 13:14, par Tlön

– Image tirée de La Société du spectacle, Guy Debord, 1973
Iniquement accusé par ces mêmes media d’avoir assassiné son éditeur et par mépris pour un public indigne, Guy Debord avait décidé de leur retirer, jusqu’à sa mort, la possibilité de voir projetés ses films à l’écran. Il a tenu parole. Les temps auraient-ils changé, à présent, que tant de gens nous en réclament aujourd’hui les droits de diffusion? «NE ME FAITES PAS RIRE», aurait-il dit.
– Alice Debord, préambule à l’édition Gallimard (1999) du livre In girum imus nocte et consumimur igni de Guy Debord.
C’est Debord qui doit hériter de Debord. On y veille.
– DEBORD, Alice et MOSCONI, Patric (1996). «Autour de l’héritage de Guy Debord», Le Monde, 1er novembre, p. 17.
Voir aussi :
» Bordering on Debord’s Board Game (or, Professor Accused of Infringing Copyright of Man Who Opposed Copyright)
» Une autre perspective sur la saga de la succession Debord.
» Ne riez jamais
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6 décembre 2007, 12:49, par Tlön

– Image tirée du film In girum imus nocte et consumimur igni, Guy Debord, 1978.
Mais les théories ne sont faites que pour mourir dans la guerre du temps : ce sont des unités plus ou moins fortes qu’il faut engager au juste moment dans le combat et, quels que soient leurs mérites ou leurs insuffisances, on ne peut assurément employer que celles qui sont là en temps utile. De même que les théories doivent être remplacées, parce que leurs victoires décisives, plus encore que leurs défaites partielles, produisent leur usure, de même aucune époque vivante n’est partie d’une théorie : c’était d’abord un jeu, un conflit, un voyage.
– DEBORD, Guy (1999). In girum imus nocte et consumimur igni, éd . Gallimard, Paris, p. 25-26
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15 novembre 2007, 16:04, par Tlön
Boston – Accrochés à leur portable, les adolescents américains d’aujourd’hui sont pourtant bien moins mobiles que leurs parents, préférant visiter le Web que le monde extérieur [sic]. Lors d’une conférence au Mobile Internet World à Boston, le Dr Norman Lewis, stratégiste du groupe Wireless Grids et ex-directeur de recherche chez Orange, en est persuadé: cette génération de la «culture de la chambre», centrée sur l’expression de soi, qui craint le monde extérieur [sic] et veut «connecter le monde entier à sa chambre», restera ainsi à l’âge adulte.
– BENHAMOU, Laurence (2007). «Mon monde dans mon portable», (AFP) Le Devoir, jeudi 15 novembre, B1
Il n’est pas nécessaire que tu sortes de chez toi, reste à ta table et écoute. Non, n’écoute pas, contente-toi d’attendre. N’attends même pas, reste tranquille et seul. Le monde s’offrira à toi pour que tu lui ôtes son masque; il ne peut faire autrement et, en extase, il se roulera à tes pieds.
– KAFKA, Franz ([1924]1994). Aphorismes, §109, éd. Joseph K., Paris.
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9 novembre 2007, 19:09, par Odradek

If you go beyond your limit, please don’t drive, phone home.
This message brought to you by your friends at Coors.
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9 novembre 2007, 15:36, par Odradek
Tu as raison, il ne faut surtout pas faire comme Martyr et attendre la mort en chassant les taons qui sillent. Je vais fermer la porte derrière moi et monter dans la fusée qui m’attend au bout du champ. J’irai dans la lune pour voir qui des Russes ou des Américains aluniront les premiers; pour entendre le premier juron d’homme dans la mer des Sargasses. Je serai le premier ethnographe lunaire; j’ouvrirai un stand aussi, le Moon Snack Bar, pour les cosmonautes de passage et les lunautes amoureux qui viendront faire du parking derrière les rochers blancs. Je pourrai même inviter Martyr à monter à bord de la fusée. Noé croyait au couple, moi, je crois que nous sommes seuls; Martyr et moi sur la lune, la plus noble conquête de l’homme et vice-versa, quatre sabots dans la poussière lunaire. Et si un jour la lune devenait trop craoudée, si les gens s’y pressaient comme à la place Saint Pierre, on pourrait toujours revenir sur terre, les deux pieds sur terre. Je serai heureux. Transporté de joie comme une corneille dans un champ de maïs où le blé d’Inde jaunit en rangs serrés.
—Godbout, Jacques (1967). Salut Galarneau! Paris: Éditions du Seuil, pp. 60-61.
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22 octobre 2007, 14:25, par Tlön

My father decided in the sixties that he would try as much as he could to present his ideas in an aphoristic style. Aphorisms, as Francis Bacon said, are incomplete, a bit like cartoons. They are not filled-out essay writing that is highly compressed. The aphorism is a poetic form that calls for a lot of participation on the part of the reader. You have to chew on a aphorism and work with it for a while before understanding it fully. A good aphorism could keep you busy for a week – kicking it around, playing with it, exploring it, taking it apart to see what you can get out of it. And applying it here, and everywhere. My father deliberately chose this form of statement because he wanted to teach, not tell or entertain. He said, “For instruction, you use incomplete knowledge so people can fill things in – they can round it out and fill it in with their own experience.” If what you want to do is simply to tell people something, then by all means spell it out in the connected essay. But if you want to teach, you don’t do that. There’s no participation in just telling: that’s simply for consumers – they sit there and swallow it, or not. But the aphoristic style gives you the opportunity to get a dialogue going, to engage people in the process of discovery.
– Eric McLuhan, in BENEDETTI, Paul et DEHART, Nancy (1996). Foward Through the Rearview Mirror: reflections on and by Marshall McLuhan, Scarbourough: Prentice Hall Canada Inc., p. 45
» McLuhan comme corps de fragments, par exemple ICI
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20 mai 2007, 18:57, par Odradek
Wer bist du doch! O meine Seele!
Qui es-tu donc! Ô mon âme!
—Nietzsche, Also sprach Zarathustra, «Mittags (Midi)».
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19 mai 2007, 11:00, par Tlön

Les Deux mystères, René Magritte, 1966
Quand on considère un objet en lui-même et dans son propre être, sans porter la vue de l’esprit à ce qu’il peut représenter, l’idée qu’on en a est une idée de chose, comme l’idée de la terre, du soleil; mais quand on ne regarde un certain objet que comme en représentant un autre, l’idée qu’on en a est une idée de signe, et ce premier objet s’appelle signe. C’est ainsi qu’on regarde d’ordinaire les cartes et les tableaux. Ainsi le signe enferme deux idées : l’une de la chose qui représente, l’autre de la chose représentée, et sa nature consiste à exciter la seconde par la première.
– ARNAULD, Antoine et NICOLE, Pierre ([1662] 1992). La Logique ou l’art de penser, éd. Gallimard, coll. Tel, Paris, p. 46 (première partie, chap. IV : «Des idées des choses et des idées des signes»).
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17 mai 2007, 17:09, par Odradek
Mais à qui est-ce que je tiens ce discours ?
—Nietzsche, fragment posthume (Sils-Maria, été 1885).
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19 février 2007, 15:35, par Tlön

CLOV. – Je vais, je viens.
HAMM. – Un jour tu seras aveugle. Comme moi. Tu seras assis quelque part, petit plein perdu dans le vide, pour toujours, dans le noir. Comme moi. [Un temps] Un jour tu te diras, Je suis fatigué, je vais m’asseoir, et tu iras t’asseoir. Puis tu te diras, J’ai faim, je vais me lever et me faire à manger. Mais tu ne te lèveras pas. Tu te diras, J’ai eu tort de m’asseoir, mais puisque je me suis assis je vais rester assis encore un peu, puis je me lèverai et me ferai à manger. [Un temps] Tu regarderas le mur un peu, puis tu te diras, Je vais fermer les yeux, peut-être dormir un peu, après ça ira mieux, et tu les fermeras. Et quand tu les rouvriras il n’y aura plus de mur. [Un temps] L’infini du vide sera autour de toi, tous les morts de tous les temps ressuscités ne le combleraient pas, tu y seras comme un petit gravier au milieu de la steppe. [Un temps] Oui, un jour tu sauras ce que c’est, tu seras comme moi, sauf que toi tu n’auras personne parce que tu n’auras eu pitié de personne et qu’il n’y aura plus personne de qui avoir pitié.
– BECKETT, Samuel (1957). Fin de partie, Éd. De Minuit, Paris, pp.53-54
… voir aussi Pourquoi ici ? et Le souffle de l’extérieur
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28 janvier 2007, 11:19, par Tlön

J’essaie de cerner ma propre pensée. Et la parole ? D’où vient la parole ? Peut-être que les gens parlent sans arrêt comme les chercheurs d’or – pour trouver la vérité. Au lieu de remuer le fond de la rivière, ils remuent le fond de leur pensée. Ils éliminent tous les mots qui n’ont pas de valeur. Et pour finir ils en trouvent un, tout seul. Or un seul mot tout seul, c’est déjà le silence.
– GODARD, Jean-Luc (1960/1963). Le Petit soldat, France, 01:17:00.
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28 novembre 2006, 14:15, par Tlön

Ainsi, l’un veut admirer dans mon film un lyrisme de la rage. Un autre y a découvert que le passage d’une époque historique comportait une certaine mélancolie. D’autres, qui surestiment assurément les raffinement de la vie sociale actuelle, m’attribuent un certain dandysme. En tout ceci, cette vieille canaille d’époque poursuit sa manie qui consiste à nier ce qui est et d’expliquer ce qui n’est pas.
– Extrait du film Réfutation de tous les jugements tant élogieux qu’hostiles qui ont été jusqu’ici portés sur le film «La Société du spectacle» (Debord, 1975).
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25 novembre 2006, 12:37, par Odradek

L’ennui est une étoffe grise et chaude, garnie à l’intérieur d’une doublure de soie aux couleurs vives et chatoyantes. Nous nous roulons dans cette étoffe lorsque nous rêvons. Nous sommes alors chez nous dans les arabesques de sa doublure. Mais le dormeur emmitouflé dans sa grisaille a l’air de s’ennuyer. Et quand il se réveille et veut raconter ce à quoi il a rêvé, il ne fait partager le plus souvent que cet ennui. Car qui saurait d’un geste tourner vers l’extérieur la doublure du temps?
— Benjamin, Walter (1989). Paris, capitale du xixe siècle. Le Livre des passages (1927-1940). Paris: Les Éditions du Cerf, collection «Passages». Texte établi, annoté et présenté par Rolf Tiedemann, traduit de l’allemand par J. Lacoste. [D2a, 1; e°, 2].
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23 novembre 2006, 14:01, par Tlön

– Image du haut tirée du film La Société du spectacle de Guy Debord (France, 1973).
– Image du bas tirée du film 2001: A Space Odyssey de Stanley Kubrick (Étas-Unis / G.-B., 1968).
Ce qui relie les spectacteurs n’est qu’un rapport irréversible au centre même qui maintient leur isolement. Le spectacle réunit le séparé, mais il le réunit en tant que séparé.
– DEBORD, Guy ([1967] 1992). La Société du spectacle, éd. Gallimard, coll. Folio, Paris, thèse 29, p. 30.
Ceux qui voudront découvrir des alternatives à l’existence dans l’auto-satisfaction stoïque ou l’arrêt que s’impose l’individualiste devant le miroir feront bien de se rappeler une époque où toute condition sur la conditio humana était imprégnée par l’évidence du fait qu’un jeu incessant de contaminations affectives se déroule entre les hommes, que ce soit dans la proximité familiale ou sur le marché ouvert. Bien avant que les axiomes de l’abstraction individualiste n’aient pu s’imposer, les psychologues-philosophes du début des temps modernes ont fait comprendre que l’espace interpersonnel est saturé d’énergies symbiotiques, érotiques et mimétiques-concurrentielles, qui démentent fondamentalement l’illusion de l’autonomie du sujet.
– SLOTERDIJK, Peter ([1998] 2002). Bulles. Sphères I, tr. O. Mannoni, éd. Fayard, coll. Pluriel philosophie, Paris, pp. 227-228.
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22 novembre 2006, 11:08, par Tlön
Afin de marquer la publication des Oeuvres de Guy Debord dans la collection Quarto (Gallimard). Compte rendu de Guy Scarpetta dans le Monde Diplomatique ici.

Début 1953. Rue de Seine, Paris. Guy Debord inscrit sur un mur : Ne travaillez jamais.
Janvier 1963, la revue International Situationniste [...] reprend pour son compte une photographie du mur en question.
Quelques mois plus tard, la librairie Au Cercle de la Librairie, 117 bd Saint Germain, Paris 6e, adresse à l’imprimerie Bernard une lettre datée du 21 juin 1963 réclamant 300 francs d’indemnité à Guy Debord. Il se trouve que cette photographie, reprise par Debord et L’International Situationniste en janvier 1963 est tirée d’une carte postale d’un dénommé Buffier. Etant donné qu’il n’a pas été demandé d’autorisation de reproduction à l’intéressé, les situationnistes se voient sommés de payer. [Lire la suite]
BERNAT-WINTER, Harold (2006), «Monsieur Buffier déborde Guy Debord», Critique et critique de la critique (blog électronique), billet du 8 octobre 2006.
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15 octobre 2006, 13:07, par Odradek
Rien au monde ne peut nous enlever le pouvoir de dire je. Rien, sauf l’extrême malheur. Rien n’est pire que l’extrême malheur qui du dehors détruit le je, puisque dès lors on ne peut plus le détruire soi-même. Qu’arrive-t-il à ceux dont le malheur a détruit du dehors le je? On ne peut se représenter pour eux que l’anéantissement à la manière de la conception athée ou matérialiste.
Qu’ils aient perdu le je, cela ne veut pas dire qu’ils n’aient plus d’égoïsme. Au contraire. Certes, cela arrive quelquefois, quand ils se produit un dévouement de chien. Mais d’autres fois l’être est au contraire réduit à l’égoïsme nu, végétatif. Un égoïsme sans je.
—Simone WEIL, La Pesanteur et la grâce, Paris: Librairie Plon, collection «Agora», 1988 (1947), pp. 73-74.
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13 octobre 2006, 11:55, par Tlön

For all men who say yes, lie; and all men who say no, – why, they are in the happy condition of judicious, unincumbered travellers in Europe; they cross the frontiers into Eternity with nothing but a carpet-bag, – that is to say, the Ego. Whereas those yes-gentry, they travel with heaps of baggage, and, damn them! they will never get through the Custom House. What’s the reason, Mr. Hawthorne, that in the last stages of metaphysics a fellow always falls to swearing so?
MELVILLE, Herman (1851). Lettre du 16 (?) avril à Nathaniel Hawthorn.
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12 octobre 2006, 00:01, par Odradek
[…] de ces «esprits libres», il n’y en a, il n’y en eut jamais, —mais, comme je l’ai dit, c’est leur société qu’il me fallait alors pour garder ma bonne humeur au beau milieu d’humeurs mauvaises (maladie, isolement, exil, acedia, désœuvrement): braves compères de fantômes avec qui rire et bavarder quand on a envie de rire et bavarder, et que l’on envoie au diable s’ils deviennent ennuyeux, —en dédommagements d’amis qui vous manquent.
Thus then, when I found it necessary, I invented once upon a time the “free spirits,” to whom this discouragingly encouraging book with the title “Human, All Too Human,” is dedicated. There are no such ” free spirits” nor have there been such, but, as already said, I then required them for company to keep me cheerful in the midst of evils (sickness, loneliness, foreignness—acedia, inactivity) as brave companions and ghosts with whom I could laugh and gossip when so inclined and send to the devil when they became bores—as compensation for the lack of friends. That such free spirits will be possible some day, that our Europe will have such bold and cheerful sights amongst her sons of tomorrow and the day after tomorrow, actually and bodily, and not merely, as in my case, as the shadows of a hermit’s phantasmagoria—I should be the last to doubt thereof. Already I see them coming, slowly; and perhaps I am doing something to hasten their coming when I describe in advance under what auspices I see them originate, and upon what paths I see them come.
—Friedrich NIETZSCHE, Humain, trop humain: Un livre pour esprits libres, I (préface, §2), 1878, in Œuvres philosophiques complètes, tome III, Paris: Gallimard, 1988, p. 23. Traduit de l’allemand par Robert ROVINI.
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31 août 2006, 23:29, par Odradek
[…] il y a deux façons d’échapper à la dialectique […]
—Jean-Luc NANCY, La Communauté désœuvrée, nouvelle édition revue et augmentée, Paris: Christian Bourgois Éditeur, 1990 (1986), collection «Détroits», p. 22, note 2.

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8 mars 2006, 18:55, par Odradek
La conscience est le pouvoir de dormir.
— Emmanuel LEVINAS, Le Temps & l’autre, Paris: PUF, 1983 (1979), p. 30.
Le besoin nous contraint à un travail dont le produit sert à satisfaire un besoin; la renaissance perpétuelle des besoins nous accoutume au travail. Mais dans les intervalles où les besoins sont satisfaits et pour ainsi dire endormis, c’est l’ennui qui nous prend. Qu’est-ce que l’ennui? L’habitude du travail elle-même, qui se fait maintenant sentir sous forme de besoin nouveau et surajouté; il sera d’autant plus fort que sera plus forte l’habitude de travailler, qu’aura peut-être été plus forte aussi la souffrance causée par les besoins. Pour échapper à l’ennui, l’homme, ou bien travaille au-delà de ce qu’exigent ses besoins normaux, ou bien il invente le jeu, c’est-à-dire le travail qui n’est plus destiné à satisfaire aucun autre besoin que celui du travail pour lui-même. Celui que le jeu finit par blaser et qui n’a aucune raison de travailler du fait de besoins nouveaux, il arrive que le désir le saisisse d’un troisième état qui serait au jeu ce que planer est à danser, ce que danser est à marcher, un état de félicité tranquille dans le mouvement: c’est la vision que se font artistes et philosophes du bonheur.
— Friedrich NIETZSCHE, Humain, trop humain 1 (1878), aphorisme No 611, in Œuvres philosophiques complètes, tome III, Paris: Gallimard, 1988, p. 320.
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