Kleist – Sur la vie des marionnettes (1810)
11 novembre 2008, 15:39, par TlönEn outre, déclara-t-il, ces poupées présentent l’avantage d’échapper à la pesanteur. Elles ignorent tout de l’inertie de la matière, cette propriété des plus antinomiques à la danse ; car la force qui les soulève est plus forte que celle qui les maintient à terre. Que ne donnerait pas notre bonne G. pour peser soixante livres de moins ou pour qu’un égal contrepoids lui viennent en aide lorsqu’elle exécute ses entrechats et ses pirouettes? Les poupées, comme les elfes, n’ont besoin du sol que pour l’effleurer, et ranimer l’élan de leurs membres sur cet obstacle provisoire ; nous-même en avons besoin pour nous reposer, et nous remettre des efforts de la danse ; moment qui, manifestement, n’est pas la danse et qu’il faut donc, autant que possible, éliminer.
– KLEIST, Heinrich von (1810). Sur le théâtre des marionnettes, [PDF] [English version]