Détruire : la logique de l’existence

17 février 2008, 11:48, par Tlön

De toute mon existence, je ne me rappelle pas que mes rapports avec les autres aient donné un résultat autre que destructeur. J’entends par là que mon existence a non seulement affecté mes relations avec les autres, mais aussi que j’ai été anéanti par eux ou que j’ai contribué à les anéantir. J’ai été affecté de diverses façons jusqu’à ne plus croire en rien et surtout pas dans l’être humain. J’ai affecté leur existence – en supprimant leur espoir, leur vision du monde, leur sentiment, tout ce en quoi (monde des croyances et des valeurs) ils croyaient – au point qu’il n’est rien resté de ces relations. Pour dire le moins, j’ai été pour eux décevant. Mon existence n’a rien laissé – attendu qu’elle devait ou qu’elle aurait dû à tout le moins avoir quelques résultats, fussent-ils négatifs. Je ne crois pas l’avoir fait volontairement, avoir eu l’intention de détruire, mais le résultat a toujours été celui-là. Je ne crois pas non plus que les autres aient eu cette intention de me détruire. Il n’est pourtant rien resté. Ce rien, dont il est question ici, ne renvoie ni à la souffrance ni à l’absence ou à la fin de la relation. Ce rien, est-ce le résultat de relations entre personnes incompatibles, de malentendus entre elles? Est-ce le constat d’une existence particulièrement troublée? Je ne le crois pas. C’est une explication facile et habile que de renvoyer à une détresse, à une angoisse ou même à une névrose la difficulté, l’impossibilité de vivre avec les autres. Mais ce rapport à soi troublé, à quoi tient-il?

– OLIVIER, Lawrence (2008), Détruire : la logique de l’existence, éd. Liber, Montréal, pp. 11-12. 

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