Lunar Park
13 janvier 2008, 13:09, par TlönJ’ai esquissé les grandes lignes de Teenage Pussy pendant l’été et ça avait pas mal avancé en dépit des heures passées à jouer au Tetris sur mon Gateway et à contrôler mes e-mails et à ranger sans fin les étagères des éditions étrangères qui s’alignaient sur les murs de mon bureau. Interférence du jour : il me fallait trouver pour la promo d’un livre banal et inoffensif, écrit par une connaissance à New York, encore un roman médiocre et poli (La Plainte du mille-pattes) qui allait obtenir quelques critiques respectueuses et puis être oublié à jamais. La phrase que j’ai fini par concevoir était désinvolte et évasive, une suite de mot si vague qu’elle aurait pu s’appliquer à n’importe quoi : «Je ne pense pas être tombé sur une oeuvre aussi résolument tournée vers elle-même depuis des années.» Et puis je me suis mis à lire une nouvelle d’un de mes étudiants de l’atelier d’écriture et je l’ai rapidement terminée. Dans les marges j’ai inscrit des points d’interrogation, j’ai encerclé des mots, j’ai souligné des phrases, j’ai corrigé la grammaire. J’ai eu le sentiment d’avoir émis des jugements mesurés.
– EASTON ELLIS, Bret (2005). Lunar Park, éd. Robert Laffont, tr. P. Guglielmina, Paris, p. 91.
