Αφέλεια [1] – Un monde sans différence
25 mai 2007, 16:42, par TlönLe fou, entendu non pas comme malade, mais comme déviance constituée et entretenue, comme fonction culturelle indispensable, est devenu, dans l’expérience occidentale, l’homme des ressemblances sauvages. Ce personnage, tel qu’il est dessiné dans les romans ou le théâtre de l’époque baroque, et tel qu’il s’est institutionnalisé peu à peu jusqu’à la psychiatrie du XIXe siècle, c’est celui qui s’est aliéné dans l’analogie. Il est le joueur déréglé du Même et de l’Autre. Il prend les choses pour ce qu’elles ne sont pas, et les gens les uns pour les autres; il ignore ses amis, reconnaît les étrangers; il croit démasquer, et il impose un masque. Il inverse toutes les valeurs et toutes les proportions, parce qu’il croit à chaque instant déchiffrer des signes : pour lui les oripeaux font un roi. Dans la perception culturelle qu’on a eu du fou jusqu’à la fin du XVIIIe siècle, il n’est le Différent que dans la mesure où il ne connaît pas la Différence; il ne voit partout que ressemblance et signes de la ressemblance; tous les signes pour lui se ressemblent, et toutes les ressemblances valent comme des signes.
– FOUCAULT, Michel (1966). Les Mots et les choses, éd. Gallimard, coll. Tel, Paris, p. 63.