Petit plein perdu dans le vide
19 février 2007, 15:35, par TlönCLOV. – Je vais, je viens.
HAMM. – Un jour tu seras aveugle. Comme moi. Tu seras assis quelque part, petit plein perdu dans le vide, pour toujours, dans le noir. Comme moi. [Un temps] Un jour tu te diras, Je suis fatigué, je vais m’asseoir, et tu iras t’asseoir. Puis tu te diras, J’ai faim, je vais me lever et me faire à manger. Mais tu ne te lèveras pas. Tu te diras, J’ai eu tort de m’asseoir, mais puisque je me suis assis je vais rester assis encore un peu, puis je me lèverai et me ferai à manger. [Un temps] Tu regarderas le mur un peu, puis tu te diras, Je vais fermer les yeux, peut-être dormir un peu, après ça ira mieux, et tu les fermeras. Et quand tu les rouvriras il n’y aura plus de mur. [Un temps] L’infini du vide sera autour de toi, tous les morts de tous les temps ressuscités ne le combleraient pas, tu y seras comme un petit gravier au milieu de la steppe. [Un temps] Oui, un jour tu sauras ce que c’est, tu seras comme moi, sauf que toi tu n’auras personne parce que tu n’auras eu pitié de personne et qu’il n’y aura plus personne de qui avoir pitié.
– BECKETT, Samuel (1957). Fin de partie, Éd. De Minuit, Paris, pp.53-54
… voir aussi Pourquoi ici ? et Le souffle de l’extérieur
