Un jour, peut-être
20 février 2006, 12:15, par Odradek
© Vincent Debanne – série «station»
Un jour, peut-être, un signe viendra d’une autre planète. Et, par un effet de solidarité dont l’ethnologue a étudié les mécanismes à petite échelle, l’ensemble de l’espace terrestre deviendra un lieu. Être terrien signifiera quelque chose. En attendant, il n’est pas sûr que les menaces qui pèsent sur l’environnement y suffisent. C’est dans l’anonymat du non-lieu que s’éprouve solitairement la communauté des destins humains.
—Marc AUGÉ, Non-lieux: introduction à une anthropologie de la surmodernité. Paris: Éditions du Seuil, collection «La Librairie du XXe siècle», 1992, pp. 149-150.
Une telle communauté n’est pensable, selon Augé, que dans la perspective mythique d’une altérité radicale. Tout se passe comme si, à force de sortir du monde et de sa mesure, la «surmodernité» accumulait ses chances de voir «un jour, peut-être» son mouvement de débordement rejoint par l’autre bord. Or c’est dans le non-lieu lui-même que naît l’espoir de cette communion hypothétique, car c’est là que toutes les solitudes anonymes du monde se rassemblent et se ressemblent. Bref: les extra-terrestres débarquerons dans un parc de stationnement ou sous une autoroute. C’est bon à savoir.
20 février 2006, 19:55
Alors, c’est que nous portons pour nous-mêmes et pour les autres, un devenir extra-terrestre ou, pour être plus précis, extra-topique (pour éviter de réduire le lieu, qui est une catégorie, à l’un de ses éléments, la Terre). Autrement dit, nul besoin de quitter le giron de la Terre mère pour faire l’expérience d’une altérité radicale (Rimbaud dirait peut-être: “Je est un autre”). Bref: les extra-topiques sont parmi nous, nous en sommes peut-être… C’est bon à savoir.